LA MONNAIE DE PARIS (6eme arrondissement) – David LaChapelle (jusqu’au 31 mai 2009)
Restons alors dans l’art du détournement, l’art du subversif. Car quoiqu’on en dise il existe toujours. Vous ne pouvez pas l’avoir raté. Paris, les tunnels de métro, les magasins Fnac, Virgin, jusque dans les quotidiens gratuits qui accompagnent vos trajets de RER, l’artiste en vogue du moment, qu’on aime ou qu’on déteste, c’est lui, David Lachapelle, avec sa gueule d’ange et ses 46 ans, dont près de 30 ans d’art. Il avait très jeune rencontré un certain Andy Warhol (ça contraste un peu niveau gueule de poupon c’est vrai mais peu importe), il en emprunte les versants obliques de satyre du consumérisme ambiant, à l’échelle US. La Chapelle s’efforce de mettre en forme et en courbes les traits les plus vulgaires de la société matérialiste américaine.
La première question qui nous vient à la bouche est évidente ? « Comment lui, ce prince de la critique matérialiste, peut-il si facilement devenir photographe de pub, devenir le symbole de ce qu’il dénonçait lui même plus tôt » Celui ci se joue des codes de la pub, en assume les dérives et les moques, jouant sur le terrain du porno chic, attrayant pour le consommateur, tant il peut être parfois vulgaire ou suggestif. Tout réside dans le fait d’assumer ce que l’on fait, ce que l’on est. Lui qui avait si peur d’être séropositif après le décès de son compagnon du Sida, il se met suite à son résultat négatif, à célébrer la couleur, l’avènement du des couleurs criardes face à la tristesse du B&W. inspiré par l’environnement publicitaire dans lequel il évolue, ses œuvres sont évidemment teintées de sexe, de drogue et de rock n roll. Mais à l’inverse de Warhol, lui voulait être artiste, et devint une célébrité, pas l’inverse. On l’appelle le « Michel-Ange du kitsch ». Comme c’est bien trouvé, et David Lachapelle lui même adore le peintre italien de la Renaissance, lui conférant le statut de peintre pop du seizième, tant sa célébrité le précédait. Ainsi, tout comme dans n’importe quel art, célébrité n’est pas incompatible avec talent. Il reprend d’ailleurs dans Déluge le plafond de la chapelle Sixtine pour le détourner, ou encore se sert du portrait d’un transsexuel américain célèbre qui reprend les traits du portrait de Marylin par Warhol. L’art est outrancier. Dès lors que du kitsch assumé, l’on ne tombe pas dans le Baroque. Il engueule les Etats Unis, brule le drapeau aux 52 étoiles, décomplexe la sexualité, le dégueulasse devient beau. Souvenez bous quand Duchamp affirmait, « ce qui est laid est beau, ce qui est beau est laid » On en est pas si loin. Lachapelle fait son petit bonhomme de chemin, impliquant son temps dans son travail. «Si les gens considèrent que c’est de l’art, tant mieux. Moi, je laisse l’histoire en décider » disait-il. Voilà qui est bien dit. Jugeons-en par nous mêmes donc, quoiqu’il est certain que David Lachapelle n’est pas si mal parti qu’il veut bien le laisser entendre.
David de Araujo ( 25 mai 2009)