Interscope Productions
La clique de la côte-Est débarque, avec un nouvel album. Résolument différent. Résolument électro.
Le Hip Hop des années 1990-2000 n’avait pas offert que de grands crus. Loin de là. Mais en fouillant bien, on y retrouvait des petits gars au talent indéniable. Dr Dre, Timbaland, Mike Skinner, Snoop Dog, Kanye West, Will I Am en étaient.
Michael Jackson lui même avait su faire appel au leader des Black eyed peas, devenu du même coup un ponte de la production. Les plus grands de la musique avaient bossé sur les deux précédentes œuvres de Black Eyed Peas. Travis Barker (batteur de Blink), Justin Timberlake, James Brown, Sting, Jack Johnson et bien d’autres. C’était donc de plutôt bonne augure après les cartons de Elephunk et Monkey Business. Le son des BEP était devenu résolument pop (plus encore depuis l’arrivée de la bimbo Fergie dans le groupe), mais cela venait contrebalancer avec le HIP HOP brut de décoffrage des 3 garçons, qui à eux seuls, ne vendaient que trop peu. Ce savant mélange et cette musique subtile était remarquable au temple du RNB. On était en droit d’attendre une bonne surprise donc.
A défaut, on aura droit qu’à une surprise. Quant à savoir si elle est bonne, c’est plus difficile. Premier point d’ombre, David Guetta produit deux titres de l’album. Déjà là, ça refroidit. Espérons au moins, pour le bien de la musique, que Will I Am pourra en échange produire des morceaux de Guetta, ce serait toujours ça de pris. Les BEP virent à 180, et offrent un opus extrêmement DANCE. Pas électro non. Dance. Au sens péjoratif du terme. Bon alors c’est vrai, il y a de l’idée, certaines chansons sont même d’une relative qualité (Imma Be, inspiration Motown). Will I AM mêle la Dance à ce qu’il aime le plus, Soul, Funk, Jazz et Hip Hop, et ça a de la gueule la plupart du temps. Parfois, même, dans un élan d’inspiration, on croit entendre un semblant de Daft Punk version Discovery (Alive)- mais la première moitié de la compo reste un peu pataude. Même si la suite est nettement plus adroite.
Will I Am a retenu les leçons de son pote KANYE West, et c’est tant mieux. Il tente de reproduire ce que N.E.R.D a déjà réussi 10 ans avant lui. D’où le goût de réchauffé. Quant à Fergie, elle se fait plus discrète, ce qui n’est pas nécessairement une mauvaise chose.
Pourtant, dans cet album encore, on a bel et bien la confirmation que BEP est un groupe diablement intelligent, on ne peut certainement pas leur enlever ça. Ils donnent (et c’est exceptionnel) du groove à la dance. L’idée est donc assez géniale, quoique brouillonne. Sur Missing you, on croit entendre Cascada, et c’est bien dommage. Mais la prise de risque est notable, et tout à fait respectable. On y entend du punk californien inspiration Blink version électro (Party All the Time), Une Smooth-Funk façon Jamiroquai (Outta My Head), du Ragga Dance Hall synthétique (Electric City) et même du Blues-Electro (Now Generation) ou du Gospel Electro (One Tribe), si tant est que ça existe. Sans doute le pari était-il osé, sans doute était-il brillement relevé, sans doute manque-t-il le son si propre aux Black Eyed PEas. Certainement n’étions-nous pas prêts à entendre ça de la bande à Will I AM.
The E.N.D est un excellent album de Dance et de Hip Hop, mais pas assez bon pour un groupe de la trempe des Black Eyed Peas. Espérons donc, que ce ne soit pas « la fin », car la clique a encore des milliers de belles choses à nous dire.
David de Araujo (26 juillet 2009)