8 novembre 2009...22:02

Jamie Cullum – The Pursuit [novembre 2009]

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C’est dans 3 jours que sort le nouvel album du Little Genious, j’ai nommé Jamie Cullum. The Pursuit (c’est le titre) devait annoncer une nouvelle forme de Jazz. Un défi annoncé et autoproclamé comme « l’album de la maturité ». Qu’en est-il vraiment ?

C’est après avoir assisté au concert privé parisien de Monsieur Jamie Cullum, que je ressentis le réel besoin d’entreprendre un article sur son nouveau disque.
Ladies and Gentlemen, Please Welcome Jaaaaamie Culluuuum.
Belle ambiance parmi les rares 100 personnes qui avaient le privilège d’assister à cette sublime prestation des plus intimistes.
Car sur scène, le bonhomme (ce n’est pas nouveau), est une bête. Il porte le jazz à sa dimension rock. Un rockeur à piano, un rockeur adepte de la note bleue pourrait-on dire. Mais cette fois il va plus loin, car il amène le rock en studio.
Après le succès de Catching Tales, nombre de fans attendaient le nouvel opus, qui se voulait «radicalement différent ».
Alors les promesses sont -elles tenues ?

Et bien oui, elles le sont. C’est un fait. Cet album amorce un tournant dans la musique et la carrière du Kid. Jamie troque le piano du bar du coin contre des orgues Hammond, des nappes de synthé et des basses saturées.
Ce que ça donne ? Une sorte de jazz noisy, d’inspiration trip hop. C’est en fait là que réside tout l’intérêt de The Pursuit. Le son est résolument « from Bristol », paradoxal quand on sait que c’est le producteur de Katty Perry et Mika qui produit l’album. D’ailleurs, l’un des défauts de l’album revient à la production, trop gonflée, mise sur pilotage automatique. Là où l’on ressentait les caves du Blue Note sur les précédents albums, on entend ici toute la platitude d’un studio, le son stéréo trop amplifié qui devient déconcertant.

Car pour ce qui est des déceptions, il y a matière à discuter. Le cover du « Don’t Stop the Music » de Rihanna est bancal. L’idée est facile, il y a ce quelque chose de générationnel, qu’est la reprise de tubes du hit parade, pour en faire (forcément) quelque chose de mieux.
On y trouve certes, quelques coups de génie. Le ralentissement du tempo, et l’apport d’un certain swing dont manque cruellement l’original en font une réussite sur le fond. Mais c’est sur la forme que cela pêche. On regrette les mélodies chiadées dont est capable le petit anglais, car ici, on se noie dans un océan de désinvolture. Péché d’orgueil sans doute.
Dans le genre, petite ritournelle pop un peu soupeuse, on a « Wheels », « Not While I’m around » ou encore « Mixtape », pas dégueulasses en soi, mais certainement les vraies erreurs de cet album. Révélant du même coup l’un des grands défauts de Cullum, celui d’être devenu par moments, une sorte de roi fainéant. Les riffs y ont de faux airs de Coldplay, ou pire de the Fray (au secours !!)
Alors comment se faire à l’idée que le génie du jazz a choisi de faire de la (mauvaise ?) pop ?

Et bien c’est en écoutant plus attentivement l’album, que l’on se rassurera. Car l’on y retrouve du réconfort, un véritable album cosy: effet « chocolat chaud » garanti.
Quelques petites perles font tout simplement penser à l’esprit de Catching Tales voire de Twentysomething, l’on pense à « You and Me are Gone » par exemple, véritable réussite, qui rappelle l’ancien Jamie. Et puis le single, « I’m All over It » dont la deuxième moitié de chanson est nettement plus jouissive que la première, mais qui reste globalement un archétype du single de crooner jazz réussi. Sans oublier « Just one of those things » ou « Love ain‘t gonna let you down » , que les Nat King Cole ou autres Sinatra auraient bien chanté si ils étaient encore en activité. Cullum fait du Michael Bublé version 2.0, inventant au passage une sorte de tambouille pop crooner.
Mais, mieux encore, Jamie Cullum sort de ses gonds et offre un disque extrêmement couillu. Chantre de ce virage à 180, « If I ruled the world » se veut être une ballade humaniste sur fond de production trip hop entre David Sitek et Tricky. Jamie Cullum pense faire ici son « Imagine », devenir le Lennon des temps modernes, et assure l’intérim avec audace. Derrière les paroles un peu cul-cul la praline, dont l’esprit philanthrope a pris quelques trentaines d’années dans la tête, se cache une très belle chanson, à ranger au panthéon des ballades les plus réussies de l’année. Il a ce brio de faire de la pop soignée, avec des accords résolument jazz, le bridge lui-même en est la preuve.
Mais, le vrai symbole de l’évolution/révolution Cullum, ce sont certainement ses « Music is Through » et son intro électro/nu-jazz, chanson à mi chemin entre les Scissor Sisters et St Germain. Mais surtout ce « We run things », très rock, diablement sexy.
Les claviers s’y font extrêmement discrets, le solo est subtilement caché derrière une basse électrique et omniprésente, des effets de feedback en toile de fond auxquels s’ajoutent la saturation des nappes et une mise en place quasi-spectorienne. Puis, la diction est RnB, et la voix éraillée.
Car la seconde innovation, c’est cette voix justement. D’une voix de crooner puceau, on passe ici à une voix parfaitement maîtrisé, légèrement roque et qui se permet quelques fantaisies de vocalises intelligemment amenées. Cullum a définitivement décomplexé, et c’est tant mieux. Plus mûr, plus présent, plus rock, plus crade, plus érotisant.

The Pursuit est sans conteste un excellent album, sans doute son plus mature, que l’on soit féru de Thelonious Monk, Duke Ellington et Keith Jarrett, ou de Massive Attack et des Beatles.
À se demander si Jamie Cullum ne devrait pas se retrouver classé en variété internationale chez les disquaires, plutôt qu’en Jazz , tant il surfe sur deux vagues différentes. Et c’est certainement ce qui déstabilisera les fans de la première heure.
Pourtant son travail est de qualité, vieillira certainement extrêmement bien, et ce, malgré le problématique manque de cohérence de ce disque somme toute bicéphale.
Mais Cullum a choisi son camp, lui le jazzman flanqué de t-shirts Sonic Youth, a décidé de faire de la musique aux faux airs de Portishead. Cullum fait de la pop, le jazz est devenu une influence plus qu’une référence. Tant mieux pour les uns, tant pis pour les autres.
On vous en a tout dit: À vous de juger.

David de Araujo (le 6 novembre 2009)

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